Transmettre
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Mon parcours professionnel de comédien débute en 1978. En 1982, Antoine Duhamel et Jean-Louis Robert me proposent la conduite des Ateliers de Formation Théâtre, ouverts aux professionnels du spectacle, au sein de l’Ecole de Musique de Villeurbanne…
J’ai le souvenir d’avoir ressenti alors une immense inquiétude, sûrement provoquée par le peu de légitimité que je m’accordais à accepter cette offre, tant elle intervenait précocement dans mon parcours professionnel. Pour me persuader, il avait fallu de longues heures de discussion Je me souviens aussi d’avoir préparé le contenu des ateliers dans leurs moindres détails et, malgré cela, d’être arrivé plein d’inquiétude à la première séance. Mais durant son déroulement, j’ai très vite éprouvé un grand bonheur à transmettre, une espèce de jubilation à proposer, à chercher ensemble l’écriture scénique adéquate d’un texte, par exemple. J’ai tout de suite ressenti que j’avais des aptitudes réelles à faire des propositions claires de travail, à développer et faciliter le travail collectif par des impulsions justes et dynamiques, à répondre aux questionnements des participants, à prendre en compte leurs points de vue.
Même si tout n’était pas parfait, loin s’en faut – il me restait à gagner en souplesse, en capacité d’adaptation, à apprendre à ne pas craindre les silences, les hésitations et à risquer des propositions sans assurance de succès – ce qui transparaissait et dominait dans ma pratique était le plaisir à enseigner.
Au fil des années et des expériences accumulées, il m’est apparu de façon évidente que l’enseignement demeurait un formidable moteur pour maintenir une réflexion permanente sur le théâtre, son évolution, ses courants esthétiques, sa place et son rôle dans la société. On enseigne bien ce que l’on sait mais aussi et surtout ce que l’on cherche, ce que l’on parvient à mettre en questionnement, en perspective. Ce qui me plaît dans l’acte d’enseigner, c’est qu’il implique un questionnement permanent.
J’ai mesuré par la suite comme l’enseignement du théâtre était pour l’enseignant lui-même, un formidable outil de compréhension des textes, en tout cas un moyen de modifier sa perception et sa connaissance d’un auteur. Pendant plusieurs années, j’ai eu l’occasion d’encadrer des classes « option théâtre » au lycée. Les terminales se voyaient imposer un auteur par trimestre. Il est arrivé que Marivaux fasse partie de notre bouquet. Or, à cette époque, Marivaux ne m’attirait pas spécialement ; je n’en percevais pas toute la force, la violence, la cruauté ; je restais bloqué à la surface des choses, ne parvenant pas à passer au-dessus de la « joliesse » du texte. Bref, Marivaux n’était pas l’auteur que j’aurais spontanément choisi. Et pourtant, c’est sans doute un des plus beau travail que j’ai conduit en atelier, contraint que j’avais été de l’aborder, de le questionner, de le mettre en œuvre, de le comprendre ; j’en avais perçu toute sa force et tout son génie. Enseigner le théâtre, c’est pour moi tenter de mieux le comprendre.
J’ai eu l’opportunité de mener toutes ses actions de formation en poursuivant mon métier de comédien et s’il est évident que mon expérience d’enseignant s’est considérablement enrichie des pièces que j’ai jouées, l’inverse est vrai également. Mon parcours d’enseignant, par la mise en distance qu’il implique, la mise en questionnement et l’analyse qu’il nécessite a enrichi mon métier de comédien. C’est la raison pour laquelle je trouve cohérent et nécessaire de continuer à conduire de front cette double activité.
Indépendamment de ses orientations pédagogiques, du type de théâtre qu’il affectionne, des modèles théoriques sur lesquels il s’appuie, le professeur est amené à s’impliquer toujours plus dans sa relation de guide auprès de ses élèves. Car c’est bien avant tout de l’humain dont il s’agit. L’instrument de l’acteur étant son propre corps, l’élève est tout à la fois outil et matière, instrumentiste et instrument. Dans l’enseignement du théâtre, c’est cet accompagnement qui me touche et m’intéresse.
Projet pédagogique
Projet pédagogique
Il est difficile de rédiger un projet pédagogique précis en matière d’enseignement du théâtre sans connaître à qui on le destine. Les contenus varient sensiblement selon que l’on s’adresse à des adolescents dans un cours d’initiation ou d’approfondissement ou à de jeunes adultes déjà en cours de perfectionnement. L’âge, l’objectif et les motivations des participants sont des variables importantes dans l’élaboration du projet. C’est pourquoi je mettrai simplement en lumière quelques principes pédagogiques auxquels je crois, fruits de ma pratique du théâtre en tant qu’enseignant et en tant que comédien.
Jouer est un réflexe qui garantit le développement de l’enfant et sa survie. Ce n’est pas une « seconde nature » mais la toute première nature et cela ne s’enseigne évidemment pas comme la chimie ou la plongée sous-marine. Alors, si le jeu ne s’enseigne pas, comment pouvons-nous développer ou entraîner la capacité à jouer ? ……………
…… Plutôt que d’affirmer que l’acteur X a plus de talent que l’acteur Y, il est certainement plus juste de dire que X est moins bloqué que Y. » Declan Donellan. L’acteur et la cible.
Tenter de dissoudre les blocages qui empêchent le jeu.
C’est développer la capacité d’être au présent, c’est abandonner tout volontarisme à exprimer telle ou telle émotion, éprouver tel ou tel sentiment. Bref, c’est tendre vers le lâcher prise du corps et de l’esprit, sans lequel il ne peut y avoir de véritable jeu.
L’instrument de l’acteur est son propre corps. Il convient d’abord de l’aiguiser, de l’entraîner, de le façonner, pour qu’il devienne plus libre, plus malléable, plus disponible.
Je doute qu’il soit possible d’envisager une année complète de cours durant laquelle les « apprentis » seraient contraints au silence mais, dans la perspective d’une formation longue, cela pourrait être très pertinent.
Apprendre à mobiliser son énergie sans tension, à trouver le relâchement, à utiliser ses sensations physiques, sa mémoire sensorielle. Appréhender l’espace et le positionnement géométrique juste, expérimenter la disponibilité dans la relation avec le ou les partenaires, travailler sur l’ouverture, le regard. Par la discipline physique, faire de son corps un instrument disponible, pour trouver sa liberté.
Maintenir cette approche plus physique que mentale, plus organique que psychologique sur le travail des scènes.
Certes, il sera nécessaire de passer du temps sur le sens d’un texte, sur l’analyse et la compréhension d’une scène, sur le décryptage des enjeux. Il sera fondamental de replacer l’œuvre dans son contexte historique, de la rattacher à tel ou tel mouvement ou courant littéraire, à telle ou telle école esthétique, de bien cerner les caractéristiques de l’écriture et de la syntaxe. À ce titre, le travail à la table sera toujours précieux. Mais je reste convaincu que notre intelligence et notre réflexion, bien que très utiles, ne sont pas les outils principaux de l’acteur. Le corps, une fois entraîné, est pour lui un outil plus efficace et plus puissant pour trouver une vraie profondeur et une vraie justesse à son interprétation.
L’approche psychologique du personnage s’avère vite piégeante et réductrice dans la direction d’un élève-acteur, si l’on n’y prend pas garde. En effet, cette approche, en mettant en avant la logique psychologique, risque de limiter considérablement les possibilités de jeu.
Développer l’imaginaire pour que l’acteur puisse être dans le présent de la scène.
Définir les enjeux d’un personnage dans une scène est un point de départ obligé mais pour que la définition de ces enjeux ne demeure pas théorique et intellectuelle et soit réellement opérante, il importe pour l’acteur de pouvoir les transformer en images claires les plus concrètes possibles. Ce qui aide l’acteur, c’est de dissoudre le « ce que je veux » du personnage dans l’image de la chose que le personnage désire. C’est cette image, agissant à l’extérieur de l’acteur, qui le maintiendra en contact permanent avec les enjeux du personnage, dans le présent de la scène et qui évitera à l’acteur d’être dans le général, dans l’anticipation, ou la démonstration du sentiment.
De la même façon que l’on entraîne son corps, il convient de consacrer beaucoup de temps à développer la capacité à créer des images.
Travailler la figure du personnage pour laisser le corps agir sur l’interprétation.
Lors de la création de la Mouette, Tchekhov reprochait à Stanislavski d’avoir habillé Trigorine de façon trop élégante. Il insistait sur le fait que ce personnage devait à ces yeux avoir des souliers troués, plus que des chaussures habillées. Cette observation va beaucoup plus loin qu’un simple détail esthétique. Il est capital, en effet, de travailler très tôt sur la silhouette du personnage, d’en chercher la figure juste. Différentes propositions de costume vont altérer la façon d’être dans l’espace du comédien, modifier sa façon de marcher, de regarder, lui permettre de trouver le rythme spécifique. Le travail sur la composition de la figure n’est pas seulement un travail extérieur ; en libérant le corps, il agit comme un déclencheur organique qui ouvre les portes d’une construction plus profonde du personnage ; il participe au lâcher prise nécessaire au jeu de l’acteur, en l’amenant plus loin que ne le ferait son intelligence ou sa réflexion. Le soulier troué, la chemise tachée, ou la veste élégante, fonctionne à mes yeux comme le masque. Même pour travailler des répertoires qui a priori n’appellent pas le masque, je trouve qu’il est très utile de faire appréhender aux élèves le jeu masqué. Bien utilisé, il s’avère être un formidable outil qui libère le corps du mental et révèle des possibles qui sans son aide seraient restés cachés derrière des formes attendues ou convenues. Les masques, la penderie ou la malle à costumes, sont pour moi des outils importants.
Le Théâtre, le lieu d’où l’on voit.
Le mot « théâtre » vient du grec « theatron », le lieu d’où l’on voit, d’où l’on comprend, d’où l’on interroge. Que l’on aborde les écritures contemporaines ou le répertoire classique, le théâtre est un moyen de compréhension de l’humain, de la société; c’est avant tout une formidable école de vie qui développe l’imagination, la sensibilité, l’intelligence. Il est difficile d’imaginer un cours de théâtre individuel. C’est pourquoi la classe devient, pour chacun des élèves, un instrument de formation. L’élève travaille au sein d’un groupe, tantôt acteur, tantôt spectateur; il apprend en faisant mais aussi en regardant, en nommant ce qu’il sent et ce qu’il voit. La confrontation avec le spectateur est constitutive du théâtre qui n’existe véritablement que par et à travers un public. Il convient donc d’organiser fréquemment des rencontres avec des spectateurs.
Pour confronter les élèves à des courants esthétiques différents, à des partis pris de mise en scène variés, pour leur donner les bases d’une analyse critique, il est fondamental de permettre aux élèves d’assister régulièrement à des spectacles professionnels.
Enseignant et formateur
Enseignant depuis 1982
Titulaire du diplôme d’état d’enseignement du théâtre.
Enseignement du théâtre
A l’École Nationale de Musique de Villeurbanne :
Cours ouverts aux professionnels du spectacle, dans le cadre de l’Atelier Théâtre Musical (ATMPV) créé par Antoine Duhamel et Jean-Louis Robert. De 1982 à 1986.
Dans les lycées, dans le cadre des options théâtre
Classes de 2de, 1ère, terminale. Option lourde et légère au lycée de Mantes-la-Jolie. Travail en collaboration fréquente avec l’option d’art graphique. De 1994 à 1997.
Dans les ateliers du Théâtre du Mantois
Adultes amateurs, travail centré selon l’année, sur un thème, un univers de jeu, une esthétique théâtrale. Travail physique, Initiation au clown, à l’improvisation. Projet de saison aboutissant à la création d’un spectacle. De 1994 à 2000.
Intervention formateur
Au cours de nombreux stages
En collaboration avec des médecins psychiatres, encadre des stages sur les possibilités d’utilisation du théâtre dans un travail thérapeutique, auprès des élèves des écoles d’éducateurs spécialisés de Montrouge, d’infirmiers psychiatriques de Ville-Evrard et du Centre de Musico-Thérapie de Paris. De 1989 à 1992.
Conception de cessions de formation de retour à l’emploi, avec des chomeurs longue durée
Avec “l’Infrep d’Orléans” : “ Redynamiser par la création et la créativité.”
Travail centré sur l’écriture et la production de petites formes théâtrales présentées devant un public en fin de formation. Travail mené en collaboration avec une plasticienne. De 2000 à 2007.
Avec la compagnie du “Grain de sel” : “Projet Pars ! Cours !”.
En partenariat avec les PLIES du Val d’Orges, de Bagnolet et de la communauté d’agglomérations “Est-ensemble”. Mise en scène d’un spectacle écrit à partir du parcours de vie des participants et joué dans un théâtre. Projet financé par le fonds social européen. Quatre sessions de “Pars ! Cours !” depuis 2010.
Dans le cadre de l’opération ApprentiScène
Ecriture et mise en scène de petites formes théâtrales avec de jeunes apprentis comédiens. Opération financée par le Conseil régional d’Ile de France. Chaque année depuis 2006.
Dans le cadre de conventions et de séminaires d’entreprises
Entraînement des participants à la prise de parole en public. Utilisation du théâtre comme outil d’action et de réflexion. Aide à la conception et à la realisation de spectacles courts par les participants, sur les thèmes des conventions. De 1999 à 2013.
Au sein de l’Ecole des Mines
Chargé de cours d’expression orale et de prise de parole en public. Depuis 2006.
En entreprise
Formation – Théâtre – Evénementiel en entreprise
Formateur en entreprise
Intervention de formation à la prise de parole en public.
Utilisation du théâtre comme outil d’action et de réflexion :
-« Turbo Théâtre » : Aide à la conception et à la réalisation de spectacles courts par les participants, sur le thème central de la convention.
-« Match d’improvisations » : Utilisation des techniques d’improvisation, pour développer et favoriser l’innovation et la créativité.
-« Théâtre Forum » : Utilisation du théâtre comme outil de changement et d’amélioration des comportements et des pratiques.
Actions menées dans le cadre de séminaires de formation avec PSA, la Caisse d’Epargne, La Poste, AXA, Groupama, BNP, Davigel, Forco, Le secours populaire.
Théâtre en entreprise
Avec le groupe « Inouï » :
Spectacles joués dans le cadre de nombreuses conventions pour le réseau Renault France Automobile (40 représentations en France), PSA, Pôle emploi, Valéo, Dupont, Faurécia.
Avec la compagnie du « Grain de Sel » :
« Petits contes bancaires »
500 ans d’histoire de la banque du pauvre, en 45 minutes. Spectacle joué dans le cadre des universités de formation Caisse d’Epargne.
« La Bourse ou la vie »
Spectacle d’anticipation sur la banque de demain. Spectacle joué dans le cadre des universités de formation Caisse d’Epargne.
« Ça cartonne ! »
Spectacle sur le développement durable.
Evénementiel en entreprise
Avec Barocco Evénements
Conception, répétition, et tournage de petits films, avec les personnels du groupe Tena, réunis en séminaire de management.
Avec Production Privée
Intervention en tant que comédien dans un événementiel sur le cinéma, pour la clôture d’un séminaire.
Pars ! Cours !
Pars ! Cours !
Avec la compagnie du “Grain de sel” : “Projet Pars ! Cours !”.
En partenariat avec les PLIES du Val d’Orges, de Bagnolet et de la communauté d’agglomérations “Est-ensemble”. Mise en scène d’un spectacle écrit à partir du parcours de vie des participants et joué dans un théâtre. Projet financé par le fonds social européen. Quatre sessions de “Pars ! Cours !” depuis 2010.
« Pars ! Cours ! » est un projet de mobilisation individuelle par la création théâtrale, s’adressant à des personnes rencontrant des dificultés dans la construction ou la redéfinition de leurs projets professionnels. Il réunit 12 participants sur une période de 8 jours. Leur objectif : construire et présenter un spectacle court, dont le texte sera écrit par un auteur, à partir de leurs parcours de vie.
Ce projet mobilise deux metteurs en scène et un auteur qui accompagnent le groupe dans sa démarche.
En savoir plus :
- Retrouver confiance et estime de soi par le jeu théâtral qui stimule l’imagination et permet aux participants de mobiliser toutes leurs ressources physiques, intellectuelles. Par les espaces de liberté que toute situation théâtrale installe, le jeu favorise les possibilités de choix et de décision.
- L’objectif de la représentation, fait de ce projet une aventure collective. Les enjeux du travail sont que chacun trouve sa place, place reconnue et valorisée, sente l’apport irremplaçable qui est le sien, la confiance qui lui est faite et celle qu’il doit nécessairement accorder aux autres, pour que le projet soit possible.
- Un auteur écrit une fiction à partir des éléments de parcours de vie que chaque participant aura bien voulu lui confier. Ces parcours de vie sont transfigurés dans cette fiction, ceci permet à chacun, devenu acteur, de porter un regard neuf sur les éléments qui lui appartiennent, de trouver une distance par rapport à son propre parcours afin de mieux se le réapproprier.
- Proposer une expérimentation d’un large éventail de techniques théâtrales : improvisation, jeu masqué, théâtre d’objet, travail vocal, marionnette, afin que chacun trouve dans toutes ces techniques différentes, au moins une zone de confort, connaisse un instant de réussite et de facilité. De là naitra l ‘envie de continuer, L’envie de démarrer, l’envie d’aboutir.
Crédit Photos : Geneviève Beauzé (genebee@free.fr)